Bien arrivés en République Dominicaine
On prévoyait une nav' de 36 heures... On en aura fait 73 heures !
La météo étant plutôt bien adaptée, on a bel et bien quitté les BVI le 26 octobre avec un vent d'Est Sud Est bien établi en journée, force 4.
Dès la première heure, avec le petit leurre qui nous restait et le teaser surnommé "sandra" (c'est écrit dessus), pêche d'un petit thon de moins d'un kilo qui s'est aussitôt transformé en sashimis pour le repas de midi. Dans l'après-midi, deuxième thon de 1,5kg qui lui a fini à la tomate.
Le deuxième et le troisième jours, le vent a légèrement faibli (la pêche a été nulle, j'ai refait du pain) mais ce n'est pas tant le vent qui explique notre délai. En réalité, arriver sur le territoire dominicain n'est pas si simple.
D'une part, il est impossible de faire ses formalités dans tous les ports et le port le plus proche où nous aurions pu les faire (Baie de Samana) était déjà bien plus à l'Ouest que la pointe Est du pays. En outre, son accès n'est possible que de jour aux moments les plus ensoleillés de la journée... Or, nous y serions arrivés en fin d'après midi le deuxième jour.
On a donc poussé encore à l'Ouest en ciblant Luperon.
Notre arrivée à Luperon n'a pas pour autant été si simplifiée. Notre carte ne donnait que très peu d'informations sur les fonds du canal d'accès à ce que nous pensions être un port. Et à proximité de Luperon : une seule balise, pas l'ombre d'un bateau, de la mangrove, des vagues déferlant sur des cailles, une eau bleue turquoise laissant penser à des bancs de sables... On a failli rebrousser chemin de peur de rester échoué.
Au final, on a fini par trouver un bras de mer totalement caché de la côte, dans la mangrove, et effectivement rempli de monocoques (de là à parler d'un port...). On a vraiment failli rester coincé sur un banc de sable mais grâce à notre volvo on s'en est sorti et les plaisanciers nous ont ensuite indiqué où mouiller... Depuis on a récupéré la carte (dire qu'il s'agit d'une carte nautique serait exagéré) et effectivement on a eu du bol de passer avec notre tirant d'eau de 1,7 mètres, c'est dire.
Au total : 373 miles environ, trois nuits de quart (soit réveils à 3 heures du matin pour moi et des couchés à trois heures pour Wil) et pas mal de cargos et de navires de croisière rencontrés en chemin.
Ensuite, les formalités. On s'avait que l'arnaque était de mise parmi les officiels de République Dominicaine. Elle est aussi très institutionnalisée. C'est de l'arnaque haut de gamme.
Le chef de l'immigration nous a dépouillé de 50 euros, celui qui vend des "tourist cards" de 20 euros (en République Dominicaine, 1 dollar vaut 1 euro, ça simplifie les calculs même si ça ne nous arrange pas), le fonctionnaire de l'agriculture 10 euros pour nous dire qu'il fallait mettre nos poubelles dans les poubelles du port, celui du port 10 euros pour être entré dans la baie (sans doute pour entretenir l'unique balise, franchement c'est nous qui aurions du être payé pour être passé).
On a eu en échange tout un tas de papiers sans doute aussi peu officiels que les taxes que nous avons payéés.
Tous étaient très sympathiques. Tous portaient aussi des bijoux énormes (chevalières, chaînes épaisses, montres dernier cri), des pompes en cuir de marque (ils ne doivent pas souvent aller sur un bateau faire le tour de la baie), des fringues de luxe... Déjà en Guyane, certains accoutrements quelques peu en inadéquation avec les professions pratiquées m'avaient laissée supposer que les magouilles au black fonctionnaient bien. Mais ici, même pas un soupçon : le contraste avec la population de Luperon est plutôt frappant. Travailler pour le port semble être un business lucratif, bien plus lucratif que n'importe quel autre du pays.
En tout cas, tous ces officiels semblent être heureux. Le salaire moyen en République Dominicaine est de 254 dollars soit 184 euros... et ce n'est pas le salaire minimum qui lui peut être de 103 euros... soit grosso modo ce qu'on aura payé en quelques minutes.
Ensuite, il a fallu retirer des pesos et là Wil a tenté d'aller dans une banque où j'ai bien cru qu'on allait rester. Il a eu beau sortir tous ses papiers d'identité, la femme restait sur sa position : "non, ce n'est pas vous"... A vrai dire, je la comprends vu que sur aucune des photos on ne le reconnait vraiment (à part la carte du conseil de l'ordre mais celle là "ne marche pas").
Enfin, heureusement ma tête sur mon passeport est similaire à celle que j'ai aujourd'hui. On a enfin pu retirer de l'argent.
Depuis, on profite de la ville de Luperon où les gens sont particulièrement gentils. Les marins du mouillage le semblent tout autant (il semble y avoir ici aussi des bretons). On devrait rester une bonne semaine pour se reposer, profiter du pays et faire -encore- des réparations.
Ce coup si c'est un panneau solaire qui semblait avoir lâché (mais au final il aura été réparé rapidement grâce à la bonne volonté des mecs d'un magasin d'électronique qui nous ont refait une soudure) et une batterie (qui a pourtant moins d'un an) qui ne tient plus la charge.
On va aussi se pencher sur la question du récupérateur d'eau de pluie car la corvée "recherche d'eau douce" est un peu lassante.