Portobelo
Voici quelques jours que nous sommes arrivés à Portobelo, petite ville de 4.000 âmes à quelques miles de Colon à l'Est. Mis à part que le mouillage est un peu difficile du fait d'un vent important et d'une tenue moyenne de l'ancre (on a mouillé après trois tentatives infructueuses), le choix de Portobelo s'avère pas trop mal car on a pu y régler les questions pratiques (gaz, linge, courses...) et s'y reposer.
Portobelo offre un contraste important par rapport à Santiago de Cuba. Déjà, la petite ville foisonne de magasins, tous tenus par des chinois et particulièrement fournis. Il y a aussi beaucoup d'endroits où manger ou boire un verre...
Ici aussi, il s'agit d'une ville où est passé Christophe Colomb. De nombreux forts sont encore en relatifs bon état. Portobelo était un port important, peut-être même le plus important des caraïbes car c'est ici que les conquistadors entreposaient l'or trouvé au Pérou avant de l'acheminer vers l'Europe.
Mais si les vestiges donnent un certain cachet à terre, la mer elle est sale et les personnes avec qui ont a échangé nous ont parlé de requins et d'un crocodile... certes il y avait des petits caïmans en Guyane qui étaient inoffensifs mais là, non, on n'évalue pas vraiment la taille potentielle de l'animal : on s'abstiendra. Du coup, on ne chasse pas, on pêche.
Il va falloir passer le canal sous peu. On en rêvait. Plus l'échéance approche et plus on se demande pourquoi... Il est difficile de s'y retrouver entre les différents blogs et informations glanées chez Captain Jack à Portobelo. Enfin, on est pas pressé et heureusement car il va falloir être fin prêt le jour J.
La lecture d'un blog (celui de l'équipage du bateau Clair de Lune, je crois, en tout cas extrêmement bien fait), nous a gentiment replongé dans l'histoire. Le canal de Panama s'est déjà l'aboutissement d'un projet ancien, celui de Charle Quint qui dès 1534 voulait accélérer le transit des navires marchands vers le Pérou. Les travaux, eux, ont débuté uniquement en 1881. Mais les Français ont lâché l'affaire et ce n'est qu'avec l'arrivée des Américains qu'ils aboutirent en 1914. L'objectif reste inchangé : accélérer les communications par la mer. Ainsi un navire allant de New York à San Francisco par le canal ne parcourt que 9 500 kilomètres, au lieu des 22 500 par le Cap Horn.
Le canal va nous permettre d'effectuer la distance entre Colon (Atlantique) et Panama city (Pacifique) qui est de 80 km. On traversera le lac Gatun (le deuxième lac artificiel et le deuxième barrage au monde par leur envergure après le lac Volta au Ghana). Il est aujourd'hui à 26 mètres au dessus du niveau de la mer. Pour monter, trois écluses d'un dénivelé de 9 mètres, côté Atlantique, du nom de « Gatun ». Pour redescendre, trois autres écluses, côté pacifique, celles de Pedro Miguel et de Miraflores.
Concrètement, aujourd'hui, le canal, c'est 270 millions de tonnes de marchandises et 14 000 bateaux à l'année. Et, cela est encore trop limité. En octobre 2006, les Panaméens ont voté par référendum pour un projet d'agrandissement du canal qui devrait aboutir en 2015 pour la modique somme de 5,2 milliards d'euros. Les écluses actuelles longues de 300 mètres et larges de 33 mètres sont en effet trop petites pour laisser passer les plus gros navires. En un mot, le canal de Panama, c'est un business qui fonctionne.
Et le Baiser du Cachalot va jouer les bon client pour accéder au Pacifique... mais ce n'est pas si facile d' « acheter son passage », il faut le mériter. Si j’admets volontiers que l'administration française peut être complexe, l'administration panaméenne doublée des règles de la compagnies gérant le canal nous font concurrence.
Sur mon guide Lonely Planet que je pensais pourtant un peu mieux mis à jour que le guide du Routard, il était indiqué qu'on pouvait tranquillement arriver à la marina du canal, côté Colon, et y faire ses formalités. Mais les guides ont définitivement tous un train de retard. Il y avait bien une telle marina mais elle est aujourd'hui fermée et ce depuis cinq ans déjà. Deux possibilités : attendre dans le « Flat », (mot que je n'avais jamais vu avant mais que je comprends comme l'entrée du canal, autant dire dans le passage des cargos, entre les bruits de moteur et les fumées... avec potentiellement une interdiction de mettre le dinghy à l'eau et l'obligation de prendre des taxi-boat à 15 dollars le trajet) ou dans une marina du nom de Shelter Bay où les Français avec qui nous dînions hier nous disaient qu'ils payaient 100 dollars par jour. Dans les deux cas, il faut se déplacer en taxi après car Colon est une ville dangereuse, et pas du genre « il faut éviter de s'y promener la nuit » mais plus, comme nous l'indiquait une voisine de mouillage, Cathy, « les flics t'arrêtent dans la rue dès que tu sors de la station de bus et ne te laissent pas le choix car c'est vraiment la zone ». Nous nous souhaiterions régler une partie des formalités depuis Portobelo et ne bouger qu'on dernier moment pour le flat... On ne sait pas encore si cela est possible.
Ensuite, il y a les formalités administratives et la logistique propre au passage. Nous connaissions la corruption des dominicains, le rigorisme des cubains mais il y a maintenant la version « les 12 travaux » d'Astérix et Obelix : un papier dans un bureau x, copies et photos d’identité dans une « tienda » y, paiement dans une banque z, et différents détails pratiques allant des défenses, aux amarres en passant par la recherche d'« hand-libers » (équipiers supplémentaires)... et tout cela dans une ville où il ne fait pas bon se balader.
Certains équipages semblent s'y coller et ont même la gentillesse de tout remettre sous forme de procédure à suivre pour faciliter la tâche des suivants sur Internet... mais je ne sais pas si on aura la foi, car les procédures semblent diverger entre les différents témoignages. Bref, tout porte à croire, qu'il faut passer par un pro.
Et, là plusieurs options : le pro des pros, celui qui prend tout en charge (pour la modique somme de 1200 dollars) ; le moyennement pro, qui assure les fonctions taxi et guide, permettant ainsi d'être en autonomie relative mais de ne rien louper (300 dollars) ; le taxi-service qui assure juste les déplacements (quelques dollars seulement)... Tout ça en sus du tarif du passage de 1500 dollars dont une part en caution qui normalement est rendue si on ne ralentit pas le trafic.
La théorie du milieu ayant notre faveur, nous allons chercher à joindre un gars du nom de Tito, le « taxi-guide ».
Mais déjà une question nous préoccupe, il faut impérativement être quatre équipiers et un barreur en sus du pilote, ou « transit adviser », mis à disposition par le canal. Or, nous ne sommes que deux. Il est bien entendu possible de louer le services d'un équipier pour 75/100 dollars par jour (à multiplier a priori par le nombre de jours de la traversée, deux, et par le nombre d'équipier manquant), mais on peut aussi trouver des volontaires pour le passage, voyageur lambda ou autre navigateur. On nous a conseillé de laisser une annonce chez Captain Jack...
Mais, on lit aussi qu'il faut des équipiers avec un minimum de sens marin, pour attacher les amarres aux toulines jetés sur le pont dans les écluses, éviter de se les prendre en pleine tête, assurer l'amarrage du bateau au bateau à coupe (car comme nous le disait Joël, le mari de Cathy, on sera a priori à coupe avec deux autres bateaux et vu la taille du nôtre, pas au milieu)... et puis, ce serait dommage qu'un équipier ait le mal de mer en traversant le lac Gatun le matin du deuxième jour... Le lac qu'on est censé traverser à 6,5 nœuds au moteur alors qu'on en fait en gros 4 maxi mais là semble-t-il il faut être honnête sur la vitesse du bateau au risque de voir les portes des écluses refermée une fois arrivé à l'autre extrémité du lac...
Et surtout, tout ce petit monde, à l'exception du pilote, devra dormir à bord sur le lac Gatun ! Je ne sais pas comment on va caser tout le monde mais ça sera épique. Il faut aussi nourrir l'équipage et fournir des boissons qui par définition sur le Baiser du Cachalot ne seront pas fraîches en l'absence de frigo. A oui, il faut aussi de l'ombre pour le pilote. On compte acheter un parapluie.
Ça tombe bien, il y a un mall gigantesque au Sud de Colon, le « Rey » de Quatro Altos. On va aller y faire un tour. C'est le seul endroit de Colon, où on a droit de se promener.
Enfin, si en lisant ces lignes, l'aventure vous tente, sachez qu'on cherche au minimum deux équipiers si possible pour la fin du mois !!!
Au pire, si vous ne pouvez pas vous déplacer, le jour J, nous serons visibles sur le site : http://www.pancanal.com/common/multimedia/webcams/viewer-flash/cam-miraflores-hi.html
Enfin, comme on le disait, on n'est pas parti.