Navigation de Panama aux Galapagos
19/01/2014 – Au large de Panama city (8N55°/79W36°)
Nous avons quitté Panama ce matin vers 11 heures. En six heures, 29 miles de parcourus et plusieurs dizaines de porte-containers croisés. C'est assez phénoménal de prendre conscience ainsi des échanges commerciaux internationaux. Le nombre de porte-containers transportant des véhicules nous donne le vertige. En lisant le livre de Joël (le Capitaine de Bigoudi VI), Horizons de doute, j'ai appris que les constructeurs, comme Renault, acquièrent des pièces en Chine ou en Inde, les acheminent au Brésil, pour assemblage, avant de les vendre en France comme un pur produit du savoir-faire français. Enfin, tout cela fait le bonheur de la compagnie du canal.
Notre journée d'hier nous a permis de faire un peu de tourisme en visitant Casco Viejo, le quartier colonial de Panama city. On s'y est baladé le matin avant d'aller manger un ceviche au marché aux poissons et du poulpe, accompagné de la boisson locale, la Chicha. L'après-midi, une mission taxi s'est avérée nécessaire pour acheter des bidons de gazole, les remplir et les transporter jusqu'à Brisas de Amador, la marina. Grâce au taxi, on aura visiter la partie plus moderne de la ville, au pieds des grattes-ciels, et trouver la poste. Cela faisait un mois. Je désespérais. Dans un petit bureau, au rez-de-chaussée d'un immeuble, avec une petite pancarte à peine visible, un espace occupé par des centaines de petites boites au lettres en fonte, et là, miracle : un guichet où mes cartes ont pu être tamponnées et envoyées. De toute évidence, les Panaméens ne s'écrivent pas souvent. Enfin, mes cartes de noël sont parties. Je rattraperai mon retard aux Galapagos.
On a ensuite bu un dernier verre avec Greg (le Capitaine du Calonec) à la terrasse de la Shopette, la supérette de la marina de Brisas de Amadore. La veille nous y avions croisé un autre marin, un français d'une soixantaine d'année, avec un sourire laissant apparaître les dents du bonheur et un moral toujours au beau fixe. Ce marin vit depuis plusieurs année sur un atoll au Nord des Marquises. Il ne précise pas où exactement car il souhaite rester tranquille. Quand on lui demande ce qu'il y fait, il nous parle de sculpture et de récolte de cocaïne. « Du bon produit », dit-il, qui arrive par les courant sur son île. Il envisage d'acheter un grand filet pour augmenter sa récolte qui pourtant est déjà de quelques kilos par an. On s'étonne de sa santé qui semble de fer, et ce après pas mal de péripéties en voile et de nombreux naufrages. « J'ai un Dieu de mon côté ».
Depuis ce matin, le vent est assez bien établi. Il oscille entre 15 et 20 nœuds . Une brise de force 4 à 5 accentuée par le courant et la houle qui nous poussent. Pour le moment, on file au portant sous un ciel dépourvu de nuages avec un vent de Nord-Est... Ça ne va sans doute pas durer car la navigation entre le Panama et les Galapagos est réputée longue. Moitessier parlait de ces 900 miles comme « d'un mauvais moment à passer » en raison des courants mal connus, des faibles brises, voire des calmes plats fréquents, et des vents contraires. Mais, nous avons tenté de partir au « bon moment », celui où l’alizé (le vent de Nord Est) est le mieux établi dans la mer caraïbe de sorte qu'il souffle sur l’isthme de Panama qu'il traverse jusqu'au rocher de Malpelo, au large de la Colombie, bien connu des plongeurs. Ainsi, du moins théoriquement, il est possible d'arriver jusque là et d'y récupérer l'alizé de Sud Est pour faire route directement aux Galapagos en évitant le Pot-au-Noir en chemin. Mais parce que théorie et pratique ne sont pas toujours sur la même longueur d'ondes, nous avons aussi prévu le stock de gazole.
Dès 12H30, première prise : une belle daurade de 79 cm... Une nouvelle tentative de recette avec de l'oseille récupérée au marché, hier.
20/01/2014 – Entre Panama et Malpelo
Hier, dans la soirée, toujours à la même allure, le bateau a explosé ses records de vitesse. Avançant avec une moyenne de 8,5 nœuds pendant plusieurs heures, les miles se sont enchaînés à toute allure. Le GPS a même enregistré une pointe à 9,9 nœuds ! De toute évidence, le courant est important. Après 24 heures de navigation, ce sont 154 miles de parcourus à une vitesse moyenne de 6,3 nœuds et quelques dauphins qui ont accompagné Wil durant le 1er quart.
Mais, dans l'après-midi, le vent s'est calmé. Peut-être 5 nœuds. Le courant nous pousse tout de même à 3,2 nœuds, sous génois léger. On profite pour faire du pain, lire, se reposer. Puis, on lance le volvo.
Quelques minutes passent. Une prise. L'animal tire fort. On met le bateau à la cape mais rien n'y fait... En réalité, ce n'est pas un gros poisson mais une tortue de mer, qui, s'étant laissée aller à la curiosité, s'est approchée de trop près de nos hameçons. Enfin, l'opération pêche est devenue une opération sauvetage. La tortue, rebaptisée Caroline, qui pesait une petite quarantaine de kilos, a pu repartir libre quoique qu'un peu traumatisée.
21/01/2014 – Au Nord Est de Malpelo
Il est 16H30 et on enregistre 290 miles depuis le départ, soit 136 miles sur les dernières 29 heures. Le volvo a ronronné le plus clair du temps. La mer est d'huile, le vent timide et il ne s'agit plus de l'alizé des caraïbes mais d'un vent oscillant entre Sud et Ouest. Hier, en début nuit, une petite brise (force 3) a permis de maintenir un minimum de vitesse mais la journée d'aujourd'hui notre moyenne a chuté. La mer est à peine ridée. Une petite force 1.
Ce matin, nous observions l'horizon lorsque des formes noires ont attiré notre attention. Trop petites pour être des baleines ou des cachalots. Trop grandes pour être de simples dauphins. Aidés des jumelles, nous en sommes arrivés à la conclusion qu'il s'agissait de globicéphales d'environ 5 mètres (ligne d'un dauphin avec une tête plus arrondie et une bosse entre l'aileron et la queue). Le spectacle, quoique difficilement visible, n'en était pas moins plaisant.
22/01/2014 – Au Sud Malpelo
Le moteur nous accompagne toujours. On tente de l'arrêter dès qu'une légère brise pointe son nez mais, sous les cinq nœuds de vent, rapidement le pilote automatique s’emballe car la vitesse décroit et avec elle la manœuvrabilité du bateau. 81 miles depuis hier. Très faible moyenne.
Depuis hier soir, nous sommes trois à bord. Un peu avant le dîner, un petit oiseau est littéralement tombé du ciel dans le cockpit. On ne sait pas vraiment s'il s'agit d'un bébé mouette ou goéland, ou bien d'un adulte d'une autre espèce. On l'a baptisé Pollo (Poulet en espagnol, un clin d’œil à la série qu'on regarde en ce moment Breaking bag). Pollo n'est pas farouche. Il est rapidement entré dans le carré pour y trouver un petit coin sombre où il a passé la nuit. Ce matin, on l'en a délogé. Il était, il est vrai, illusoire d'imaginer qu'il soit propre. Pollo est donc actuellement dans sa nouvelle cabane, une boite de pizza, à l'extérieur. On le sort de temps à autre. On tente de l'alimenter à la pipette avec un mélange d'eau et de thon en boite. Il se laisse attraper, un peu moins gavé mais reste avec nous. A peine, on le lâche qu'il repart gaiement dans sa boite en carton. Dans l'après midi, deux de ses congénères (présumés) sont venus se poser sur nos panneaux solaires. J'imaginais déjà les retrouvailles mais il semblerait que les bestioles aient plus été attirées par l'odeur du thon en boite que mues par la volonté de porter secours à l'un des leurs.
23/01/2014 – Au Sud Ouest de Malpelo
Pollo est parti. Ce matin, dès le lever du soleil, il s'est envolé. Il allait mieux. Notre gavage aura fait effet.
Toute la nuit s'est faite au moteur. La soirée, un gros grain nous a poussé un peu mais sans plus. Enfin, c'est toujours de l'eau douce pour prendre une douche bien fraîche... et puis, on s'y attendait : nous sommes dans le pot-au-noir. L'idée selon laquelle il serait au niveau des 3ème et 4ème degrés en latitude se vérifie.
Dans la matinée d'aujourd'hui, le vent est revenu : une jolie brise (force 4). Il n'est pas Sud-Est comme nous l'attendions mais plutôt Est, Nord-Est. Enfin, nous avons pu éteindre le volvo. C'est le principal. 119 miles de parcourus depuis hier. Déjà 490 miles depuis le départ... plus de la moitié du trajet.
24/01/2014 – Entre Malpelo et les Galapagos
La loose. 92 miles seulement depuis 24H. 582 miles en tout. La météo d'hier était pleine d'espoir, mais de courte durée. De nouveau, légère brise (force 2), de face. Rien à voir avec les prévisions. En un mot : pétole. Ou : Volvo, péteux, gazole...
25/01/2014 – A quelques miles au Nord de l’Équateur
Depuis hier, 143 miles. On enregistre 725 miles depuis le départ. Le vent a forci. C'est toujours un vent debout mais dans la fin de journée d'hier, il nous permettait déjà d’éteindre le moteur. Puis, il s'est durci doucement pendant la nuit pour devenir un vent entre bonne brise et vent frais (force 5/6) soufflant au Sud. Au petit matin, le temps s'est assombri. Pas de lever de soleil. Vent et crachin. Cette météo bretonne nous a permis de faire pendant plus d'une heure une moyenne à 8 nœuds, au près, les voiles à peine bordées ! Notre allure n'a que peu changé depuis. La houle heureusement n'est pas trop prononcée. On file vers l'équateur qu'on devrait traverser durant la nuit... et, si la météo perdure, sous la pluie.
26/01/2014 – A quelques miles au Sud de l’Équateur
Nous avons passé l’Équateur à 3H30 ce matin ! Champagne entre nos deux quarts : avant de se coucher pour Wil, au réveil pour moi ; fêter l’événement valait la peine. On est resté une heure à papoter. On se disait qu'on en avait de la chance d'être là et ce même si il nous tarde quand même de retrouver un peu de confort : une cuisine où le plan de travail n'est pas aussi le palier de l'entrée et l'atelier bricolage, un vrai lit qui ne bouge pas, des toilettes qui ne sont pas à 10 cm de la tête de lit, de l'eau douce et chaude au robinet et pour prendre des douches tous les jours si on veut... Mais renoncer à ce confort - pour un temps - vaut bien l'aventure.
Depuis hier, ce sont 156 miles de plus de parcourus. Il fait de nouveau beau mais le vent reste installé autour des vingt nœuds (force 5). La mer est plutôt plate en comparaison : les vagues font de simple moutons et elle ne dépassent pas les 1,5 mètres. Nous ne sommes plus qu'à 30 miles, soit à environ 5 heures, de l'île de San Christobal où nous devons mouiller. Il va falloir attendre pour ne pas arriver de nuit. Nous allons capeyer jusqu'au lever du soleil.
27/01/2014 – A San Cristobal, Galapagos (00S54°, 89W37°)
On y est aux Galapagos ! En tout 947 miles de parcourus en exactement 8 jours puisque nous venons d'arriver et il est 11H, soit une moyenne de 118,4 miles par jour, tout en intégrant que nous avons mis le bateau à la cape la nuit dernière durant 7 heures. Cette navigation fut étrange entre les moments de calme plat et ceux où le vent et le courant nous faisaient battre des records de vitesse. Mais ce sont déjà 900 miles de moins pour la traversée jusqu'aux Marquises. Finalement, ils ne se seront pas si mal déroulés que cela. Cette nav' c'est aussi, un poisson de pêché, deux nouvelles recettes de mises au point, trois romans d'achevés, un petit oiseau sauvé, quelques dauphins et globicéphales d’observés...Et puis, notre date d'arrivée ici détermine aussi celle de notre départ pour les Marquises, dans vingt jours, soit au plus tard le 16 février. Le compte à rebours commence.
On ne restera que vingt jours aux Galapagos parce que rester plus nous aurait demander d'acquérir des documents supplémentaires (Crusing permit – 60 jours) et tout document se monnaie à prix d'or aux Galapagos, sachant que pour 20 jours, on nous en demande déjà pas mal. Avec Panama, on avait pris l'habitude mais tout de même ! Ici, on aura quand même jouer la carte de la sécurité en passant par un agent. El sénior Bolivar devait donc nous permettre de simplifier les démarches. Il vient d'arriver sur le bateau et a priori il va gérer toutes les étapes dans la journée. Trop bien. Il est midi, on est crevé de la nuit (même à la cape, on fait nos quarts!) mais super heureux. Sur les derniers miles, sous le vent de l'île, déjà beaucoup d'animaux : des dizaines de requins (on observait leurs ailerons), des otaries, des raies qui sautaient littéralement au-dessus de l'eau se prenant pour des poissons volants...