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L'histoire de notre voyage à bord du Cachalot (Martinique/Tahiti - Septembre 2013/Avril 2014) puis sur Tere Moana (Transat - Janvier/février 2020)

13 Nov

" mission banque " en Haiti

"mission banque" en Haïti

Nous venons de retrouver un accès à Internet un peu plus pratique... donc voici en résumé notre arrivée en Haïti.

Déjà, première nouvelle, on aura échappé aux arnaques des formalités de sortie de Rép. Dominicaine à Lupéron. Au moment de faire tamponner notre passeport, on nous a demandé d'aller voir "El Commandante de la Marina". Objectif : que ses sbires organisent une visite du bateau et qu'on paie à nouveau. Mais voilà, les quatre gars qui occupaient le bureau de la Marina étaient à la fin de leur "garde". Notre dinghy leur paraissait trop petit pour qu'ils puissent se rendre à bord de notre bateau sans se mouiller et pas de possibilité de voir cela avec un des autres marins du port... Oui, ils n'ont pas les moyens matériels de leur arnaque et demande donc à se faire transporter. Décision collégiale : revenez en début de soirée, on notera l'heure et ça ira, à comprendre comme "revenez quand l'équipe de nuit nous aura relevés car après 8heures à jouer aux dominos on est crevé". Vers 21h, l'équipe de nuit est moins conciliante. Un chef un peu plus coriace (celui qui doit empocher la grosse part du produit des arnaques) insiste et là dialogue de fou : "Mais chef, leur dinghy est vraiment très petit, moins de deux mètres", "Non il faut y aller et pourquoi vous n'avez pas fait vos formalités de jour, la nuit il n'y a pas de sortie" (là on se demande aussi pourquoi ils bossent la nuit si personne ne peut sortir du port, mais bon). On explique qu'on a essayé mais que l'équipe de jour nous a dit que se serait ok en repassant dans la soirée. Là un autre agent insiste : "Ah, le dinghy est petit", "bon ben, tant pis alors"...

On est donc parti comme prévu le lendemain matin tôt mais une fois que le soleil s'était levé pour repérer la passe et éviter de rencontrer un banc de vase. Sortie sans encombre grâce au soleil - pas forcément grâce à la carte récupérée auprès du chef du port. A l'arrivée dans la baie du Mole St Nicolas, on recherchait une paillote sur la plage appartenant à un Français qui pouvait nous prêter un corps-mort (selon les infos glanées auprès de Julien et Clément à Luperon)... La baie étant assez grande, on ne trouvait aucun corps-mort. Deux pêcheurs ont alors entrepris de nous aider. L'un est monté sur le bateau; l'autre a amarré sa barque au Baiser du Cachalot. Ils nous ont amené jusqu'au corps morts ('cowr-mor') et ont décidé d'entreprendre eux même la manœuvre de récupération de la bouée. On a bien tenté de leur dire : face au vent, l'un à l'avant avec la gaffe ; l'autre qui avance doucement et coupe les gazes... Au final, l'un des deux pêcheurs a plongé à l'eau avec un bout de l'aussière... Ça marche aussi : on a pu s’amarrer.

Arrivée à terre, on nous a expliqué qu'on ne pouvait payer qu'en dollars et en gourdes haïtiennes mais que surtout... pas de banque à Mole St Nicolas. En visitant le village, effectivement, on imaginait mal une banque. "Mole" ou plutôt "Mal" comme l'appelle ses habitants est une petite bourgade où les rues sont en terre et où il y a, à vue de nez, plus d'ânes, de chèvres et de vaches que d'habitants. Le village est au fond d'une baie superbe et il y a quand même une école primaire et à priori un collège-lycée puisque les plus jeunes ont des uniformes... mais pas de banque. Clairement, ici le niveau de pauvreté est bien plus important qu'en République Dominicaine. Haïti n'a pas d'administration pour surveiller ses côtes. Pour nous, pas de formalités d'entrée ou de sortie possible.

Le lendemain, nous sommes donc partis à la recherche d'une banque. Deux des habitants nous ayant dit qu'il fallait se rendre dans la ville de Port-de-Paix (on avait initialement compris Port-Au-Pain) en voiture, on a cherché une voiture. Au final, un jeune gars du nom de Ty Jean est arrivé avec sa moto : "ma voiture"... bon, ça doit pas être trop loin, on y va. S'il nous propose un trajet en moto, c'est que la grande ville est forcément toute proche.

En sortant du village (à trois sur la petite moto et sans casque), la route pour ainsi dire n'en était pas vraiment une. Entre chemin de terre, chemin caillouteux et piste. Après un bon quart d'heure on surplombait la baie avec une vue magnifique d'un bout de terre très aride avec cactus, palmiers et mer bleue. L'âne semble y être le moyen de transport privilégié pour faire migrer les chèvres d'un pâturage à un autre. Les gens croisés sur la route rigolent en nous voyant : "des blancs, des blancs". Encore un quart d'heure plus tard, on arrive à un croisement. Arrêt technique, un mécanicien sort de la seule baraque en bois et modifie la hauteur de la pédale de vitesse. Plus loin, on passe une petite bourgade du même style que "Mole"... cela fait déjà près de trois quart d'heure qu'on roule et bizarrement j'imagine encore pas trop une banque dans les parages. Enfin Ty Jean nous dit que le trajet devrait durer maximum une heure.

Effectivement, on continue encore longtemps vers un second village surplombant une vallée sublime. A perte de vue des petites montagne et une végétation assez dense. Toujours pas de banque. On redescends dans la vallée, on traverse un cours d'eau... Cela fait plus d'une heure. "Mais on arrive quand ?". Réponse "On a encore le même temps, mais la route est mieux"... Traduction : "cela fait déjà une bonne heure et quart qu'on est parti mais ne comptez pas qu'on arrive avant encore une heure et quart".

D'un seul coup la moto me parait être une très mauvaise idée. Déjà en avançant doucement dans les petits chemins, déformation professionnelle oblige, je me demandais si le système de santé haïtien prévoyait SMUR héliporté, service de réa et tutti en cas de souci, bref, s'il y aurait la panoplie nécessaire à tout motard qui se respecte. Mais, la perspective d'accélérer encore une heure et quart jusqu'à la grande ville et de refaire le trajet en sens inverse avant la nuit commençait à m'inquiéter... Sauf qu'il était un peu tard.

Dire que la qualité du revêtement de la route s'est amélioré par la suite serait un peu exagérer. En revanche, effectivement, le paysage était moins vallonné et on a bel et bien accéléré. Sachant que j'arrive à avoir peur en vélo à 10km heure, heureusement que son écran de vitesse n'avait plus d'aiguille. Une heure et quart plus tard, après deux heures trente de trajet, où on a croisé beaucoup d'ânes et d'enfants rentrant de l'école (on a même failli se prendre un ânes de face qui transportait trois gamins), on a atteint la ville de Port-De-Paix.

A l'entrée de Port-De-Paix, un gang de mobylettes nous a contraint à laisser la moto et à changer d'embarcation. Ty Jean nous a lancé : "on va prendre une plus petite voiture". A bord d'un scooter, on a slalomé entre les bus, les voitures, les étales de marchands, sur une chaussée tout aussi déformée que celle du trajet, jusqu'à la banque. A la banque, accueil par un agent de sécurité armé d'un flingue. Celui qui a les clefs du coffre a lui une mitraillette. Enfin, la banquière était très sympa, ravie de voir des Français qui habitaient près de Toulouse où une de ses amies étudiait... Bon on lui a dit que c'était pas si près que ça Douarnenez mais bon, elle était contente quand même.

Ensuite, chemin du retour. D'abord la mobylette pour sortir de la ville. Puis la moto de Ty Jean, qui semblait ravi de quitter le gang des mobylétistes. Et quelques péripéties sur le retour. Une roue crevée qui nous aura contraint à nous arrêter chez des gens pour réparer. Encore une fois on a fait sensation dans le hameau : "des blancs, des blancs". Les enfants sont venus nous voir terrorisés. Même le chien ne voulait pas nous approcher. Les parents eux trouvaient ça génial et nous, on était très content de ne plus être assis sur cette satanée moto. Puis, une fois la roue réparée, il fallait la regonfler. On s'est donc à nouveau arrêté un peu plus loin. Ensuite arrêt essence. Puis on a failli écrasé un gars car il commençait à faire nuit, tomber dans un fossé (et franchement c'était moins une... on s'en sort avec une petite brûlure chacun au mollet), écraser poules et chèvres. J'ai bien cru qu'on ne reviendrait jamais. Pour éviter de trop penser aux possibles déficits du système de santé haïtien, je tentais d'imaginer mes banquière, Bernadette et Danièle, avec leur flingues et mitraillettes, mais ça ne fonctionnait qu'à moitié. Il faut dire que tout le long du trajet on est passé à côté de morgues, maison funéraire, maison mortuaire... Je demandais aussi régulièrement à Ty Jean combien de temps il restait et essayais de faire des produits en croix sur la base de une heure égale deux heures trente.

On a poussé un grand ouf de soulagement en arrivant à Mole huit heures après êtres partis. Huit heures pour avoir simplement été retiré des gourdes et des dollars à la banque. Le paysage était très beau mais une fois ça ira. On va rester à la plage les prochains jours. Et dire que certains pensent que le bateau s'est dangereux.

Et maintenant qu'on a des sous, on peut aller manger à la paillote du Français, le Boucan Guinguette. La carte m'inquiète un peu étant donné qu'il privilégie les produits locaux et qu'il y a beaucoup de requins proposés sur la carte.

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